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Au XIème siècle, une grande vague de ferveur religieuse bouleverse l’Europe. L’évangélisation de l’Europe centrale est terminée, mais une partie de l’Espagne est encore occupée par les peuples musulmans. Les souverains de la péninsule ibérique s’appuient donc sur la foi des belliqueux seigneurs aquitains pour reconquérir ce territoire. De nombreux missionnaires sont envoyés en l’Espagne et des gîtes d’étapes sont construits le long de leur route. C’est dans ce contexte politico-religieux qu’un moine de Cluny, Gérard de Corbie, fonde une abbaye à une étape de Bordeaux, de Saint- Emilion et de Libourne.

L’abbé Gérard, né à Corbie vers 1015, est devenu abbé de Laon et de Soisson après son ordonnance. D’après la légende, il subit depuis longtemps un violent mal de tête, qu’il pense alors pouvoir soigner grâce à Dieu. Il effectue plusieurs pèlerinages et instaure une abbaye bénédictine, dont il jette les fondations le 29 octobre 1079. Celle-ci, installée sur un terrain privé appartenant à différents propriétaires sous la seigneurie du duc d’Aquitaine, est dédiée à Notre-Dame. La première pierre est posée le 11 mai 1080.

Quelques mois après sa fondation, le concile de Bordeaux réaffirme la puissance de l’abbaye en lui octroyant les droits suivants :

  • le droit de sauveté (un espace placé sous le contrôle d’une abbaye et dans lequel les lois de l’homme sont remplacées par celles de l’Église)

  • les droits de haute justice (justice pénale) et de basse justice (affaires civiles et pénales de moindre importance)

  • les pouvoirs de police

  • le privilège d’impôts (perception des droits de traversée de la Garonne)

 

L’abbé Gérard construit d’abord une première église abbatiale et la vie monastique est quasiment érémitique. Mais très vite, l’abbaye prospère grâce aux dons de figures importantes comme le duc Guillaume VIII d’Aquitaine, le pape Grégoire VII ou encore les rois de France et d’Angleterre. Cet essor attire une population laïque qui forme un nouveau bourg autour de l’abbaye. Dès 1083, l’abbé Gérard fait construire une petite église paroissiale placée sous le patronage de Saint Pierre pour ces nouveaux habitants.

À la mort de Gérard de Corbie en 1095, l’abbaye compte plus de trois cents moines, a déjà établi vingt prieurés et créé des écoles où sont enseignées les saintes Écritures, mais aussi les sciences.

Au cours du XIIème siècle, l’abbaye s’enrichit, devenant ainsi la cible de pillages. En 1179, les Basques et les Navarrais saccagent La Sauve-Majeure. Le huitième abbé, Pierre, réunit les sommes nécessaires à sa reconstruction. Le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152 place l’abbaye sous la tutelle des rois d’Angleterre. Elle observe alors la règle de Saint Benoît et dispose de 51 prieurés dont certains en Angleterre, comme celui de Burwell.

Les comptes de l’abbaye montrent que les bâtiments sont entretenus régulièrement jusqu’au XVIème siècle. Le cloître, initialement édifié au début XIIème siècle, a ainsi été reconstruit au XIIIème siècle avec des décors de style volontairement archaïsant. Les bâtiments ravagés par la guerre de Cent Ans sont également restaurés. Mais sous François Ier, les richesses sont mal réparties : les abbés profitent des ressources de l’abbaye tandis que les bâtiments tombent en ruine. L’abbaye de La Sauve-Majeure perd peu à peu son influence et les moines sont contraints de se disperser.

En 1660, la congrégation de Saint-Maur prend possession des bâtiments de l’abbaye et tente de lui redonner vie. Elle emprunte de l’argent pour reconstruire le clocher, les écuries ainsi que la muraille extérieure. Une tempête cause en 1665 d’importants dégâts aux toitures de l’église, du dortoir et du réfectoire. Les moines reviennent en 1669 mais les ressources de l’abbaye restent maigres et les emprunts pour les restaurations ne peuvent être remboursés.

 

Au milieu du XVIIIème siècle, un tremblement de terre inflige de nouveaux dégâts à l’abbaye. Pendant la Révolution française, les biens de l’abbaye sont confisqués et les derniers moines sont dispersés. Les bâtiments deviennent alors une prison qui n’est pas entretenue. Les voûtes de l’abbatiale s’effondrent en 1809. L’abbaye est dès lors utilisée comme carrière de pierre pour la construction du village de La Sauve. En 1837, le cardinal Donner, archevêque de Bordeaux, achète les bâtiments pour mettre fin au pillage et installe un collège jésuite dans les bâtiments claustraux. La destruction est officiellement arrêtée suite au classement de l’abbaye aux monuments historiques en 1840.

Le collège jésuite est réaménagé au début du XXème siècle en École Normale d’instituteurs, qui prend feu en 1910 : un mythe raconte que l’incendie aurait été volontaire. Pendant la Première Guerre mondiale, les bâtiments sont transformés en petit hôpital militaire de campagne. L’État et le département récupèrent ensuite l’abbaye et entreprennent des restaurations, notamment sur les fondations. En 1960, le département de Gironde, faute d’intérêt et de financement, cède le site au ministère des Affaires Culturelles qui entreprend un important chantier de consolidation.

 

Ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis 1998, est depuis son ouverture géré par le Centre des Monuments Nationaux.